Nos choix

Nos choix s’étant fait rincer au printemps puis griller cet été, nous préférions bouder jusque là.

Comme le printemps est revenu, nous ressortons de notre tanière avec de fermes convictions. Normal pour des paysans!

Choix 1

Alors voilà, nous menons notre aventure agricole depuis 2005, moment où il a fallu se rendre à l’évidence, la ville post industrielle facebookée jusqu’à la moelle, égocentrique et sécuritaire n’est pas « the place to be ». Sur le champs, nous entamions notre transition sans autre forme de procès.

Choix 2

En 2006, après avoir définitivement exclu de tirer le lait d’une chèvre famélique aux confins de l’Ouzbékistan, nous prenons conscience que la ferme familiale sud seine et marnaise pourrait devenir une opportunité pour y développer une activité de maraichage en direction des AMAP naissantes.

Choix 3

Alors, tout s’enchaine: 6 mois de stage en Bourgogne, en Puisaye, chez l’un des meilleurs presseur de pomme-vigneron-maraicher-bucheron du monde. Tout se confirme, surtout que ça fait mal au dos. On fera donc en bio et en diversifié. l’installation de nos premiers tunnels de maraichage à lieu en février 2007!

Choix 4

La ferme c’est aussi donc à l’origine des céréales, du moins depuis que le grand père à vendu les vaches en 69, pour faire du maïs à la place. Quarante ans plus tard, en 2009, il faut se décider. Le projet légumes demande beaucoup de travail, il faut aussi se former sur le tas, mais « ça marche ». Faut-il vouloir tout faire? garder les 140 Hectares de céréales? Après un peu d’hésitation, on se dit qu’un beau défi nous attend: on va passer en bio les céréales et diversifier encore. Allez hop.

Choix 5

Là on se rend compte qu’on quand même du pain sur la planche. Du coup on se lance dans le projet farine. Mais le monsieur qui fabrique les moulins vers Quimper est exigent sur la qualité et refuse le stakhanovisme. Nous attendons 3 ans d’avoir l’outil, qui arrive en 2013. Entre temps nous avons converti 40 hectares en bio.

Choix 6

La taille. Pour une ferme qui doit générer du revenu pour pas moins de 5 personnes, 150 hectares n’est pas une grosse installation. mais ce n’est pas petit non plus. Nous devons donc faire face à un problème de place dans les bâtiments anciens pour héberger l’activité. En 2014, nous ficelons un projet de bâtiment avec une installation de stockage de céréales. Le budget est lourd mais sans cet outil nous ne pouvons pas aller plus loin dans la conversion en bio.

Choix 7

En 2016, nous essuyons une météo dévastatrice qui réduit à peau de chagrin nos récoltes. en parallèle, la construction du bâtiment de stockage prend des allures de bagne et de gouffre financier. Le doute nous gagne. Et si nous n’avions pas fait les bons choix de 1 à 6? Finalement nous nous rendons compte qu’autour de nous, les collègues non diversifiés et plus dépendants des intrants (engrais, protection phytosanitaire) sont bien plus fragilisés. Nous continuerons donc, au fil de ce que nous arrivons à mettre en œuvre, à nous diversifier. Intégrer d’autres personnes, pour ce faire, est une condition sine qua non.

Choix 8

Nos décisions à venir tiendront compte désormais de l’urgence de nous adapter à deux changements majeurs. Le premier concerne le climat. Il nous faut construire une activité capable d’absorber régulièrement des épisodes comme 2016. Cela signifie être capables de produire avec moins de moyens, moins d’intrants. La simple conversion en bio ne suffit pas.

L’autre changement n’est pas encore arrivé mais est devenu inéluctable. Il s’agit de notre économie mondiale. La démographie galopante, la ressource énergétique tendanciellement de plus en plus chère, la financiarisation structurelle de l’économie, le non renouvellement des infrastructures par les états… Au moindre choc, des pans entiers de l’économie vont s’arrêter faute de pouvoir s’adapter et transformer ainsi nos sociétés. Choisir d’opérer la transition maintenant avec les moyens d’aujourd’hui nous semble être la meilleure option. De plus les changements à venir ne sont sous cet angle stimulants, voir désirables sous certains égards. D’un point de vue plus concret, il nous faut en premier lieu diminuer notre dépendance au pétrole au moins dans l’acte de production puis dans la commercialisation.

Là encore, la diversification et l’intégration locale commencée en 2007 devrait nous donner des pistes! Notre participation à l’aventure de la CAE « les champs des possibles » depuis 2008 nous donne aussi des appuis solidaires et mutualistes qui seront à n’en pas douter déterminants!